Grégoire ROBIN

Practice Manager

La luxation de la rotule chez le grand chien : le cas de Naru des trèsors de l’éden (ex nirveau)

La luxation de rotule chez le chien : le cas de Naru Akita Inu Femelle 14 mois

Bonjour, à tous, je vous propose de vous faire part de mon expérience personnelle sur la luxation de la rotule chez les grands chiens

La luxation de la rotule est une affection fréquente chez les races naines ou petites, dont certaines ont des prédispositions importantes, c’est le cas des york shire ou des jack russel par exemple. Il faut savoir notamment que chez ces races qui n’ont que peu de poids à porter sur leurs rotules certains individus vivent toute leur vie avec sans aucun problème.

En revanche chez un chien de grande taille ce problème devient rapidement handicapant. La rotule n’étant plus dans sa position normale, elle n’assure plus son rôle de « poulie ». On observe alors une boiterie car la patte a du mal à fléchir. Il faut agir plus ou moins rapidement en fonction de la gravité de la luxation.

Pour cela on distingue des « stades » de luxation de la rotule allant de 1 à 4 qui se décrivent comme suit :

  1. La rotule peut être luxée manuellement. Quand la pression est relâchée la rotule revient naturellement en place.
  2. La rotule peut être luxée manuelle ou spontanément. Elle doit être remise en place manuellement ou se remet en place quand le chien étend son articulation. Le chien peut aussi s’asseoir et la rotule reprendre sa place normale.
  3. La rotule est luxée en quasi permanence. Elle peut être remise en place manuellement, mais des que le chien prend appuie ou étend son articulation, la rotule saute de nouveau. C’est un signe précurseur du mauvais alignement de la crête tibiale.
  4. La rotule est luxée en permanence est ne peut être remise en place manuellement. Le muscle quadriceps (celui sur le devant de la cuisse) est atteint.

Je connais très bien les 3 premiers stades de cette pathologie. Mon chien, un Akita Inu femelle de 14 mois est passée par ces 3 stades rapidement et à plusieurs reprises entre l’age de 11 mois et encore maintenant.

Premier conseil pratique : quand votre chien se luxe la rotule il faut lui remettre en place, cette manipulation n’est pas douloureuse mais peut être impressionnante pour les plus sensibles. J’ai pu essayer différentes techniques pour remettre en place la rotule de mon chien. Celle que j’utilise désormais me semble la plus adaptée pour préserver la rotule et les tendons le plus intact possible.

  1. Placez vous à coté de votre chien du coté opposé à la patte touchée de préférence. Et tournez vous pour être en direction de son postérieur.
  2. Passez un bras au dessus du chien, pour saisir le genou. Ce n’est pas la peine de trop chercher la rotule, notamment pour les chiens au premier stade. Pour les autres cas, vous la trouverez en palpant le genou. Si vous n’y arrivez pas, pas de panique demandez à votre vétérinaire de vous montrer comment la trouver.
  3. Avez votre autre bras soulevez le postérieur du chien. Juste de quoi soulager le poids sur les pattes arrières.
  4. Et « clac » la rotule reprend sa place toute seule. Vous aurez peut être besoin de la remettre en place manuellement, dans ce cas, attrapé la rotule qui doit se situer sur la face interne du genou (luxation médiale) dans la plupart de cas. Il vous reste à la faire glisser jusqu’à son emplacement normale.
  5. Si vous n’y arrivez pas, faites asseoir votre chien, et demander à votre vétérinaire de vous montrer. Il est possible que celui ci vous dise qu’il suffit de plier la patte de votre chien pour que la rotule reprenne sa place, et c’est vrai. Mais ça use plus la rotule et les tendons malheureusement.

Dans le cas de Naru, la luxation est passée du stade 1 au stade 3 en l’espace d’une semaine. Je l’ai donc emmené à l’hôpital, pour savoir ce que je devais faire. L’examen a montré que la rotule droite était totalement luxée, entraînant une gêne importante pour Naru. La cause de la luxation provient d’un défaut des aplombs arrière, qui sont trop droit, tournés vers l’extérieur et qui plus est se vrille lors de la marche (pivot shift en terme médical). Toutefois pour le chirurgien tout devrait rentrer dans l’ordre après une transposition de la crête tibiale.

Chez Naru les articulations de la patte forme une quasi ligne droite (en rouge) En vert l’alignement du tarse par rapport au sol, Naru est en hyper extension

Chez Yoshimi (merci Blandine pour la photo) les angles de la patte sont nettement plus marqués (en bleu). Quant au tarse (en vert) il repose sur le sol

Quand on superpositionne les photos la différence est flagrante

L’opération consiste à couper le petit morceau du tibia où s’attache le tendon rotulien, et de le refixer avec des broches afin de retrouver un alignement correct. L’opération est qualifiée de lourde car il s’agit de toucher à l’os directement. Si vous avez à réaliser cette opération vous retrouverez sans plus aucun poil à la patte.

La réussite de cette opération ne se trouve pas tellement dans l’opération en elle même mais dans la période de convalescence qui est de deux mois. Il faut que votre compagnon reste au repos le plus strict, seulement des sorties sanitaires, et pas question d’aller chercher un coin pour faire ses besoins à 500mètres de chez vous, ou alors prévoyez de porter votre chien. C’est ce que j’ai fait après les deux premières semaines de convalescence de  Naru, pour qu’elle change d’air au moins deux ou trois fois par semaine, mais autant vous dire que 500 mètres à pied avec plus de 25 kilos de chiens dans les bras vous passerez pour un fou dans la rue et surtout vous aurez mal au bras.

Il vous faudra également refaire le pansement de votre chien. Prévoyez de la bétadine, des compresses et de l’elastoplast.

Après le premier contrôle à un mois les résultats étaient plus qu’encourageant. Naru ne boitait quasiment plus, elle posait incroyablement bien la patte droite, et elle la pliait de façon parfaite. La radio montrait une calcification autour des broches tout à fait satisfaisante. Il nous restait encore un mois à tenir.

Même si les chiens n’ont pas la notion du temps, Naru en avait marre de rester enfermée, elle a donc commencé à détruire ce qui lui passait sous la main, tapis, papier, câble électrique (heureusement qui n’était pas branché). J’ai tenté la prise DAP pour la calmer sans grand succès.

Naru au retour à son retour d’hôpital épuisée par l’opération

A un mois et demi post opératoire tandis que Naru avait enfin le droit de faire de courtes balades de 10 minutes, un beau matin elle s’est mise à boiter. J’ai attrapé son genou et sa rotule était de nouveau luxée. J’ai cru un instant avoir mal vu, mal senti ce que je venais de sentir sous mes doigts. Mais après avoir parcouru cinq mètres à peine, Naru boitait de nouveau. Je l’ai ramené en la portant jusque chez moi et j’ai appelé l’hôpital qui m’a dit de venir tout de suite.

A l’hôpital, Naru n’avait pas mal, elle boitait juste, c’était rassurant dans un sens car ça voulait dire que les broches n’avaient pas cédées. Tout était en place, sauf sa rotule. L’hypothèse a été que Naru avait du faire un faux mouvement ou se cogner. C’était plausible après tout je ne suis pas derrière elle toute la journée quand bien même je travaille de chez moi. Quand elle est dans la chambre, si elle fait une bêtise je ne peux pas le voir. Toutefois j’avais quand même un gros doute, car dans les raisons annoncées on me disait que Naru avait pu se faire mal en descendant du canapé par exemple. Heureusement pour moi Naru ne monte pas sur le canapé ou le lit, elle a peur en hauteur et préfère le plancher des vaches.

J’ai donc donné mon accord pour une reprise de rotule. Le but de l’opération est de réduire la capsule articulaire, c’est à dire les tissus mous autour du genou, et de poser deux prothèses fibulapatellaires, qui sont des fils qui font le tour de la rotule et qui viennent se fixer derrière le genou pour la maintenir en place.

L’opération s’est correctement déroulée, l’alignement de la crête tibiale a été contrôlé sans problème apparent. Quand j’ai récupéré Naru elle boitait énormément, j’avais mal pour elle tellement elle boitait, son genou était très gonflé. Pour éviter qu’elle ne devienne folle à force de rester enfermée, car ca faisait quand même déjà plus de deux mois que je l’avais mise au repos, le chirurgien m’a prescrit du clomicalm en plus des anti-inflammatoires habituels.

Ce fut un changement de comportement très net. Naru était calme, ne détruisait plus rien sans être apathique. Elle venait me dire bonjour le soir en rentrant, elle était contente de sortir, etc …

Naru lors de la première semaine après la seconde opération

Nous avons donc commencé de nouveau la période de convalescence, mais cette fois avec uniquement que des sorties sanitaires pendant 2 mois. Naru a commencé à pleurer en bas de l’immeuble en regardant vers la grille de sortie. Ces compagnons du club canin où elle va depuis toute petite lui manque, ses congénères à plus large titre aussi, mais également le contact humain avec d’autres personnes que moi.

Naru est une chienne hyper sociable, elle aime tout le monde, se laisse faire par les enfants, ne mord pas, elle a juste tendance à sauter sur les gens qu’elle aime. Autant vous dire que pour elle repartir pour deux mois de convalescence était un véritable calvaire.

Au premier contrôle à un mois, la boiterie était toujours importante, bien qu’elle eu énormément diminué, le genou avait bien dégonflé, mais il resté un hématome important mais qui ne présentait pas de danger, et qui allait se résorber d’après un des chirurgiens de l’hôpital.

Nous avons donc continué, le clomicalm pour que Naru supporte au mieux son isolement et qu’elle ne fasse pas de dégâts. Il nous restait encore un mois de sortie sanitaire puis deux mois de reprise d’activité progressive et à nous la belle vie pour le printemps. Club canin, balade en forêt et tout ce qu’aime Naru.

Une semaine après le contrôle, je trouvais que Naru boitait toujours de façon importante, certes moins qu’après l’opération et moins que quand sa rotule était complètement luxée mais quand même je commençais à me faire du souci. Les muscles de Naru étant atrophiés par le manque d’exercice, il était logique qu’elle est plus de mal à marcher.

Mais durant la semaine qui a suivi son état s’est dégradé, jusqu’au jour où ce qui devait arriver arriva, Naru se luxait la rotule de nouveau. J’ai donc appelé le médecin de garde, de peur que les prothèses posées aient cédées et que cela représente un danger. Le médecin m’a dit de la garder sous surveillance mais que tout devrait bien se passer.

Le lendemain je retournais à l’hôpital où un des chirurgiens m’a accueilli d’un air quelque peu dépité devant ce constat d’échec. J’ai pris une véritable douche froide ce jour là, il m’a clairement dit qu’il fallait reconsidérer le cas de Naru, et que seule une étude collégiale pourrait faire la lumière sur les problèmes de Naru. Il m’a tout de suite prévenu qu’il fallait tout envisager dans le cas de Naru, du simple fait de ne rien pouvoir faire à une opération extrêmement lourde pour réaligner sa patte correctement (on parle alors d’ostéotomie).

J’ai ramené Naru quelques jours plus tard pour faire des radios et laisser le temps à toute l’équipe chirurgicale prendre une décision. Naru est passée de main en main pour être examiné par les différents chirurgiens, ca aura pris une journée entière. Quand le chirurgien m’a enfin appelé pour me donner le verdict, il m’a dit : « Bon, on a tous regardé, le cas de Naru est vraiment très difficile. Pour l’instant on ne veut pas l’opérer, on voudrait d’abord essayer de la re muscler avec des séances de kinésithérapies. Et si ça ne fonctionne pas on vous présentera l’option chirurgicale, mais je me dois d’insister sur le fait que cette opération serait sans précédant avec ce que vous avez connu. Ce sera une opération vraiment très lourde. Pour l’instant on laisse passer les fêtes, il faudrait que Naru commence à remarcher un peu pendant cette période, et en Janvier on attaque la kiné.»

Nous sommes donc rentrés, à la maison. J’étais abattu par cette nouvelle, les options étant de plus en plus restreintes. Et l’alternative à la méthode douce étant une opération très lourde.

Nous avons alors commencé à faire des petite balades, on était d’accord de ne pas faire plus de 500 mètres par jour avec le chirurgien de Naru. Nous avons donc commencé nos minis balades. Dès la première sortie et au bout de 150 mètres, Naru s’est figée d’un seul coup. J’ai tout de suite pensé qu’elle s’était planté un truc dans le pied. Mais quand j’ai attrapé sa patte gauche cette fois, c’est bien la rotule qui a craqué. Sur le chemin du retour j’ai du lui remettre 5 ou 6 fois la rotule en place. Le lendemain matin, c’était pire, plus d’une dizaine de fois et ce juste en bas de l’immeuble, même pas de marche.

J’ai appelé le chirurgien, qui a été très peiné d’apprendre que désormais Naru présentait une luxation bilatérale de rotule. Il m’a alors conseillé d’attendre, et de restreindre Naru à des sorties sanitaires, et que si son état se dégrader de lui ramener et qu’il serait alors obligé d’intervenir pour permettre à Naru de marcher.

Je suis donc allé prendre un second avis, d’un ostéopathe, qui a constaté la même chose. Des aplombs top droit, vrillé et une luxation bilatérale. Il m’a clairement dit que ce n’était pas du tout du recours de l’ostéopathie. Mais bon un avis de plus c’était toujours bon à prendre.

A l’heure actuelle, Naru a énormément de mal à se déplacer, elle perd l’équilibre par moment, ne bouge plus quand sa rotule gauche vient à se luxer. Elle refuse de manger ou de boire debout, je lui apporte à manger et je la fais boire après ses repas et quand je suis présent. Elle n’a plus envie de jouer, elle n’a plus la même envie de sortir, et une fois dehors elle n’ose pas marcher. Le petit muret d’à peine 10 centimètres et devenu infranchissable pour elle.

Dans les prochains jours je vais prendre un autre avis probablement à l’ENVA, à Strasbourg ou en Suisse, afin de donner le maximum de chance à Naru pour s’en sortir. On tentera la kiné à partir de Janvier si son état ne s’aggrave pas. En attendant on vie au jour le jour avec une épée de Damoclès au dessus de notre tête.

Naru